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Marie d'Anjou, auteure

intimes et grands mouvements

Les Avantes

Extrait

Face à la porte du recenseur, Merime hésite à frapper. Son chignon trop serré lui tire le crâne. Elle passe dans tout son roux pour en relâcher la tension. Avec cette coiffure sérieuse, elle espère paraitre adulte. Stature fière et menton haut, Merime ajuste la sangle de sa boite en bois à l’épaule, puis s'encourage à agir ; son poing, lui, demeure de roc.

Elle a traversé tout le fort de falaise pour arriver à cette porte. De sa chambre équarrie dans le roc blanc de la cordillère, à tous les autres cubes de même creusés par ses ancêtres, Merime a parcouru la forte‑place de Bord‑Loppe d’un pas assuré. La cité ainsi compartimentée plait à son esprit. Un chant d’air se lamente de pièce en pièce depuis sa naissance. Même ici, dans une partie du fort de falaise le plus près de la façade extérieure, l’humidité de la pierre s’égoutte. Presque seize années à grandir dans l’épiderme de cette montagne ; Merime en arpente tous les recoins par cœur.

Ce qui lui fait perdre son assurance ce jour d’hui n’est point en lien avec le lieu ; mais en rapport avec sa tâche. Merime doit questionner des habitants, en face-à-face, loin de ses familières archives. Elle connait les gens de sa cité de vue, de nom, de métier ; mais ne connait point leurs liens entre eux — et encore moins leur vie. Dans l'isolation de la bibliothèque, Merime examine des registres sans être jugée en retour. Lorsque sa tâche avec l'aïeul sera effectuée avec efficacité, elle pourra retourner à ses parchemins. Pour lors, il est apparu au conseil de son père que mieux valait détailler les rapports des habitants : une tâche sérieuse qu’elle peut faire. Aussi droite, Merime cogne enfin à la porte.

Projets littéraires